Les complexes chez les enfants

Les complexes chez les enfants

Face au regard moqueur de leurs camarades, certains enfants ont du mal à assumer leurs petites différences. Ils en deviennent complexés.

Ghita ne supporte plus de voir sa fille Ghizlane qui a 7ans souffrir à cause de ses petites différences. La petite se sent tellement mal qu’elle ne veut plus aller à l’école. «Ma fille est myope. Elle est donc obligée de porter des lunettes avec des verres assez gros. De plus, elle a un petit cheveu sur la langue. Ses camarades de classe se moquent d’elle à cause de cela, ce qui la met très mal à l’aise. Je ne sais plus comment la calmer ni comment l’aider à s’accepter tel qu’elle est».
Zineb souffre aussi du même problème avec son fils Karim. Ce dernier, bien qu’il n’ait que 6 ans, pèse 39 kg.

Ce surpoids est devenu son pire complexe à cause des moqueries de ses camarades. La liste des petites différences des enfants est longue : un cheveu sur la langue, myope, trop grand, trop petit, trop gros ou a les oreilles décollées… Résultat : le petit se fixe sur cette partie de son corps qui lui déplaît et devient complexé. Normalement, avant l’âge de 7 ans, l’enfant ne se pose pas beaucoup de questions à propos de son image.
Et si cela arrive, c’est parce que les autres (forcément ses camarades ou ses copains) l’ont remise en cause.
Il faut que les parents soient donc attentifs et observent bien leur bambin. Son comportement est en train de changer: il ne veut plus aller à l’école, rentre à la classe en pleurant ou se dispute fréquemment avec ses camarades… ce sont là autant de signes qui devraient alerter les parents.

Ces derniers doivent se mettre en tête que les complexes engendrent un sentiment de honte. Qu’ils portent sur le physique, l’origine sociale ou les capacités mentales, il est difficile pour un enfant de pouvoir les dévoiler. C’est aux parents alors d’inviter leur petit à parler de ses problèmes. Parler est la première étape pour cesser d’alimenter le complexe. Les parents doivent écouter leur bambin et le laisser exprimer sa colère, sa tristesse, son sentiment d’exclusion, sa solitude… Il a besoin de se sentir entendu et compris par vous. Il vaudrait mieux éviter de le rassurer avec des conseils du genre «Ton camarade est idiot, n’écoute pas ce qu’il te dit».
Il ne faudrait pas non plus minimiser sa souffrance en lui disant que ce n’est pas grave ni encore moins «Tu exagères!». Par contre, les parents peuvent se mettre à chercher avec leur chérubin des répliques et formuler des réponses face aux moqueries des camarades malintentionnés. Il faut que l’enfant apprenne à ne pas entrer dans le jeu des autres : «Oui, je zozote et alors !», «On me dit même que c’est mignon». Il faut expliquer à son enfant que si ses camarades se moquent de lui, c’est parce qu’ils sont certainement jaloux. Ils utilisent son point faible pour le fragiliser. On se moque du « plus petit » parce qu’il est vif, malin, sympathique et aimé par tout le monde… On embête le «plus grand» parce qu’on voudrait être aussi fort que lui.

On enquiquine le «myope» parce qu’il est le premier de la classe… Des messages comme cela l’aideront à retrouver une image positive de lui-même et à s’accepter tel qu’il est.
Il faut que l’enfant comprenne que l’apparence n’est pas tout ce qui compte et que les qualités intérieures sont plus importantes qu’un détail physique. Quand les enfants se sentent «hors norme», l’erreur qu’il faut à tout prix éviter, est de leur demander trop d’efforts ou de minimiser leur malaise. Il s’agit, au contraire, de les rassurer en leur expliquant que tout le monde rêve d’être un peu différent de l’habituel, que c’est dans cette faille que nous avons trouvé l’énergie pour nous construire. Entre l’âge de 8 et 12 ans, l’enfant doit apprendre à gérer la frustration. Sinon, plus tard, il sera incapable d’être en phase avec ses vrais désirs et les confondra avec les modèles proposés par la société.

Adolescence : âge des complexes
Les complexes physiques apparaissent souvent avec force à l’adolescence. C’est l’âge où presque chacun a son complexe qu’il estime très invalidant et lui gâche parfois la vie. Si les complexes se développent intensément à l’adolescence, c’est d’abord tout simplement qu’à ce passage de la vie, le corps change très vite. Il se transforme, et le corps d’enfant auquel on s’était habitué, ce corps qui grandissait tranquillement et harmonieusement, devient tout autre. L’ado peut alors éprouver le sentiment que ce corps n’est pas vraiment le sien et qu’il est obligé de s’habituer à cet organisme étrange.

Cela produit un malaise dans lequel s’enracinent les complexes physiques. Et ce qui accentue l’intensité de ces complexes, c’est que le corps n’est pas le seul à changer à l’adolescence : les émotions aussi changent intensément. On devient plus fragile, plus sensible aux remarques de l’entourage. Pour contenir ses peurs, ses complexes, l’adolescent cherche à « être comme tout le monde », à ne pas se sentir différent, d’où des modes vestimentaires qui paraissent étranges aux adultes et des sorties en bandes, vitales pour lui.

EXPLICATION : Docteur Mohcine
Benyachou • Psychiatre.

«L’enfant peut être complexé à un âge très précoce»
Comment un enfant peut devenir complexé ?
Il existe plusieurs facteurs qui peuvent engendrer des complexes chez l’enfant. En premier lieu, il y a l’attitude des parents. Parfois, ces derniers peuvent prononcer n’importe quoi sans s’apercevoir que cela peut blesser leur petit. Il y a également l’école. Un prof qui punit les enfants, qui les gronde ou bien qui leur dit des mots complètement déplacés et blessants comme « tu es un imbécile » ou « tu es un malade mental » créera sans doute des complexes chez l’enfant. Aussi, dans notre contexte culturel, nous avons l’habitude de profiter des handicaps des autres et de jouer un peu sur cela. Bref, toute critique, moquerie ou mauvaise remarque pourrait être une agression psychologique qui entrainerait un complexe chez l’enfant.

A quel âge un enfant peut commencer à avoir des complexes ?

Il faut savoir que les enfants sont très sensibles depuis leur naissance. Souvent, les parents négligent cela et se disent que leur enfant ne comprend rien. Mais l’enfant peut être complexé à un âge très précoce à un an ou deux ans. En général, les parents ne commencent à faire attention à leur enfant qu’à partir de l’âge de 7 ou 8 ans, mais il faudrait qu’ils commencent à le faire depuis la naissance parce qu’il perçoit presque tout.
Est-ce que les parents détiennent une grande part de responsabilité ?
Certes, mais il n’y a pas que les parents. Tous les gens qui ont un contact avec l’enfant peuvent être responsables. L’entourage, les proches, les frères et sœurs ou les camarades de classe, tous ces gens peuvent engendrer éventuellement des complexes surtout lorsqu’il s’agit d’un enfant fragile.

Comment peut-on aider un enfant à accepter ses «petites différences» ?

D’abord en l’écoutant et en l’aidant à oublier sa souffrance en le valorisant et surtout il faut éviter de créer des problèmes de jalousie entre les frères et sœurs. Il faut aussi l’aider à acquérir une confiance en soi. Il faut apprendre aux enfants en général à respecter l’autre quel qu’il soit et ne jamais se moquer de lui.

Quand est-ce qu’il faut commencer à s’inquiéter sérieusement ?

Il faut surveiller de près son enfant : son comportement, sa psychologie, son évolution… Si l’enfant commence à s’isoler ou souffre d’une dépression, de troubles de sommeil, des cauchemars, de panique, une chute de résultats scolaires, des troubles de concentration… dans ce cas, les parents doivent faire très attention à ces changements. C’est à ce moment qu’il faut s’inquiéter et qu’il faut faire intervenir le médecin. Il ne faut pas laisser aller les choses en se disant que c’est normal.

 Repères

Modèle
Les parents peuvent aider leur enfant s’il souffre de sa différence en essayant de trouver une personne de son entourage à laquelle il pourra s’identifier comme modèle.

Hérédité
Des parents qui sont eux-mêmes complexés risquent de transmettre à leur chérubin leur insécurité. Parce qu’ils le définiront selon leur propre image défaillante.

Timidité
La timidité est l’un des complexes les plus répandus. Elle prend sa source dans l’enfance et peut être handicapante.

Je suis psychiatre psychothérapeute qui offre la psychothérapie individuelle pour les enfants, les adolescents et les adultes; les couples et la thérapie familiale; orientation parent; thérapie sexuelle; le soutien de divorce; et la surveillance à d’autres professionnels de la santé mentale et des professionnels en formation.
Je pratique la psychothérapie depuis plus de 30 ans et une expérience de travail avec un large éventail de questions.

1 réponse
  1. Anonyme says:

    C’est l’age des attitudes excessives et contradictoires, l’age ou l’on n’est plus un enfant mais pas encore un adulte. Les ados d’aujourd’hui sont-ils differents de ceux que nous etions hier ? Se sentent-ils plus ou moins incompris ?

    Répondre

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